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2026, un remake de l’inflation énergétique de 2022 ?

Actualités du fioul

Publié le 04/03/2026 à 18h53

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont déclenché une opération militaire conjointe contre l'Iran. En quelques heures, les marchés de l'énergie ont réagi avec une brutalité rappelant un épisode bien connu : le début de la guerre en Ukraine en février 2022. Pétrole, gaz, fioul domestique, électricité, toutes les énergies sont touchées. Sommes-nous face à un nouveau choc énergétique durable, ou la situation pourrait-elle évoluer différemment ? Nous avons analysé l'impact immédiat du conflit sur le prix du fioul dans cet article publié hier.

dame inquiète qui compare les prix du fioul en hausse

Ce qui s'est passé : le déclencheur d'un nouveau choc énergétique

Dans la nuit du 28 février au 1er mars 2026, des frappes aériennes américano-israéliennes ont visé plus de 900 cibles iraniennes. L'Iran a riposté massivement, déclenchant une série d'attaques dans toute la région du Golfe. Le guide suprême iranien Ali Khamenei a été tué lors des premières frappes, des missiles ont touché la base américaine d'Al-Udeid au Qatar, et le Hezbollah a ouvert un second front au Liban. De son côté, la France a déployé le porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée.

Au cœur des tensions énergétiques : le détroit d'Ormuz. Ce passage stratégique, par lequel transitent environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux, soit près de 21 millions de barils par jour, est directement menacé. Les principales compagnies maritimes ont immédiatement suspendu leurs transits dans le détroit. QatarEnergy, géant mondial du GNL, a annoncé la suspension de sa production après des frappes iraniennes sur deux de ses installations. Plus de 32 000 vols ont été annulés dans le golfe Arabo-Persique depuis le début du conflit.

La réaction des marchés : une flambée immédiate sur toutes les énergies

Dès l'ouverture des marchés le lundi 2 mars, les prix de l'énergie se sont emballés. Pétrole, gaz, fioul domestique, électricité : aucune énergie n'a été épargnée.

Le pétrole : +13 % en une nuit

Le baril de Brent, référence internationale, est passé de 61 dollars début janvier 2026 à 72,76 dollars juste avant les frappes. Dès le lundi 2 mars, il a bondi à plus de 80 dollars à l'ouverture des marchés, soit une hausse de près de 13 % en une nuit. Le mardi 3 mars, il dépassait 85 dollars, son plus haut niveau depuis juillet 2024. Les analystes de Rabobank évoquent un maintien possible au-dessus de 90 dollars à court terme si le détroit d'Ormuz reste fermé.

Brent ($ / baril) Janvier 2026 28 février (Veille des frappes) Lundi 2 mars Mardi 3 mars
Prix ~61 $ 72,76 $ +80 $ (+13 %) +85 $

Le gaz : +50 % en une journée

Le gaz européen (TTF) a connu une hausse spectaculaire de plus de 50 % le lundi 2 mars, après l'annonce de l'arrêt de la production de GNL par QatarEnergy. Le mardi 3 mars, le TTF s'affichait brièvement à plus de 65 euros le mégawattheure (MWh), un niveau inédit depuis janvier 2023. Les analystes de Goldman Sachs avertissent que le TTF pourrait encore augmenter de 130 % par rapport à son niveau de la semaine précédente en cas de prolongation du conflit.

TTF gaz (€/MWh) 27 février 2026 Lundi 2 mars Mardi 3 mars
Prix ~33 € +47 € (+50 %) >65 € (pic)

Le fioul domestique : +218 € en 4 jours

Le prix national du fioul domestique a bondi de 218 euros entre vendredi 27 février et mardi 3 mars, passant de 1 187 € à 1 405 € pour 1 000 litres, une hausse que l'on n'avait plus observée depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022.

Fioul (€/1000 L) 27 février (avant conflit) Lundi 2 mars Mardi 3 mars Mercredi 4 mars
Prix moyen 1 187 € 1 317 € (+11 %) 1 405 € 1 405 €

L'électricité : +50 % en 24 heures sur le marché de gros

Le cours de l’électricité est indexé sur celui du gaz, lui-même fortement impacté par le conflit notamment après les frappes iraniennes sur deux sites majeurs de production de GNL du Qatar. Avant le déclenchement du conflit, le prix spot de l'électricité en France (EPEX Day-ahead) s'établissait à 50 €/MWh en baseload (contrat long terme) le 27 février, et à 72,18 €/MWh le 2 mars, déjà en forte tension. Le 3 mars, il a bondi à 108 €/MWh, soit une hausse de près de 50 % en une journée. Pour le lendemain (4 mars), les contrats prévisionnels indiquent 127 €/MWh, soit une progression supplémentaire de 17 %.

Cela dit, l'impact direct sur la facture des ménages reste pour l'instant limité. Les tarifs réglementés de vente (TRV) ne sont pas réévalués en temps réel : la prochaine révision n'est pas prévue avant 2027. En revanche, les consommateurs ayant souscrit des offres de marché indexées sur le spot, et surtout les entreprises, sont exposés à ces hausses dès maintenant.

Électricité (€/MWh spot) 27 février (avant conflit) Lundi 2 mars Mardi 3 mars Mercredi 4 mars (prévision)
Prix spot France (EPEX) ~50 € (baseload) 72,18 € 108,20 € (+50 %) 127,09 € (+17 %)

Le parallèle avec 2022 : similitudes et différences

La question que tout le monde se pose est légitime : vivons-nous un nouveau 2022 ? Les similitudes sont frappantes, mais les différences sont tout aussi importantes.

Ce qui se ressemble

Dans les deux cas, un conflit géopolitique majeur a provoqué une hausse brutale et soudaine des prix de l'énergie. En 2022, l'invasion de l'Ukraine par la Russie avait déclenché une envolée du pétrole jusqu'à 138 dollars le baril en mars, tandis que le gaz européen atteignait le record historique de 345 euros le MWh. Le fioul domestique, qui s'affichait à 1,06 €/L en janvier 2022, a bondi à 1,75 €/L en mars (soit environ 1 750 €/1 000 L) avant de rester durablement au-dessus de 1,50 €/L pendant plusieurs mois. Quant à l'électricité, le prix spot avait franchi les 1 000 €/MWh au pic de la crise en 2022, avec une répercussion progressive mais significative sur les factures des ménages et des entreprises. Dans les deux cas, c'est l'approvisionnement mondial, et la crainte d'une rupture de celui-ci, qui a mis le feu aux poudres.

Énergie Avant-guerre 2022 Pic de 2022 Avant conflit 2026 Après 5 jours (mars 2026)
Brent ($/baril) ~90 $ ~139 $ (mars 2022) ~61 $ (janv.) >85 $
Gaz TTF (€/MWh) ~76 € ~345 € (mars 2022) ~33 € >65 €
Fioul domestique (€/1000 L) 1 060 € 1 755 € (mars 2022) 1 158 € 1 405 €
Électricité spot (€/MWh) ~80-100 € >1 000 € (pic sept. 2022) ~50-72 € 108-127 €

Ce qui diffère

Le pétrole part de plus bas. En 2022, le Brent évoluait déjà autour de 90 dollars avant la guerre en Ukraine, dans un contexte de reprise économique post-Covid et de chaînes d'approvisionnement sous tension. En 2026, il était à seulement 61 dollars début janvier, et les réserves mondiales de pétrole étaient relativement élevées avant le conflit, selon l'analyste Rory Johnston de Commodity Context. La hausse est donc forte en pourcentage, mais le niveau absolu reste, pour l'instant, encore inférieur aux sommets de 2022.

La nature du choc est différente. En 2022, le problème était structurel : la Russie fournissait 45 % des importations de gaz européen. La crise gazière s'est donc prolongée pendant toute l'année, le gaz européen restant à des niveaux extrêmement élevés jusqu'à l'automne 2022. En 2026, le choc sur le gaz est principalement lié à la fermeture du détroit d'Ormuz et à l'arrêt de QatarEnergy, une situation qui, si le conflit se résout rapidement, pourrait être plus temporaire.

L'intérêt de Donald Trump à ne pas s'enliser. Les analystes le soulignent : le talon d'Achille du président américain, c'est le prix de l'énergie. Sa base électorale lui reproche déjà une baisse du pouvoir d'achat. Or, la hausse des prix pétroliers frappe directement les ménages américains à la pompe. Le Président Trump a lui-même un intérêt politique fort à ce que le conflit soit court et à ce que les prix reviennent rapidement à la normale. C'est une différence majeure avec 2022, où ni la Russie ni l'Ukraine n'avaient d'incitation à mettre fin rapidement aux hostilités.

Les marchés à terme restent relativement calmes. Fait notable : si les prix à court terme (livraison dans un mois) se sont envolés, les contrats à terme pour les livraisons de mai, juin et juillet 2026 ne montrent pas de tendance haussière marquée. Cela signifie que les marchés n'anticipent pas, pour l'instant, un choc énergétique prolongé sur plusieurs mois, contrairement à ce qui s'était produit en 2022.

Dois-je acheter mon fioul maintenant ?

Il est encore trop tôt pour savoir comment la situation actuelle va évoluer. Les marchés de l'énergie réagissent toujours très fortement dans les premières phases d'un conflit, avant de se stabiliser à mesure que la visibilité s'améliore. En 2022, au début de la guerre en Ukraine, les prix du pétrole et du fioul avaient fortement progressé dans les premiers jours sous l'effet de l'incertitude et des craintes sur l'approvisionnement. Cependant, comme le montre le graphique, après cette phase de tension initiale, les marchés pétroliers s'étaient progressivement rééquilibrés et les prix du fioul avaient fini par se stabiliser (sans baisser fortement pour autant). La dynamique avait été différente pour d'autres énergies, notamment le gaz et l'électricité, dont les prix avaient continué d'augmenter sur l'année en raison de la dépendance aux importations de gaz russe. Aujourd'hui, il est donc encore impossible d'anticiper avec certitude l'évolution des prix du fioul. Comme souvent sur les marchés énergétiques, les premières réactions peuvent être rapides et marquées, avant que la situation ne se normalise progressivement.

graphique évolution prix du fioul en 2022

Conclusion : même mécanique, incertitude sur la durée

La mécanique est la même qu'en 2022 : un conflit géopolitique majeur dans une zone stratégique pour l'énergie mondiale provoque une réaction immédiate et violente des marchés. Les énergies sont touchées simultanément, ce qui amplifie le choc sur le pouvoir d'achat des ménages. La grande inconnue reste la durée du conflit. Si les opérations militaires s'arrêtent rapidement et que le détroit d'Ormuz retrouve un fonctionnement normal, la comparaison avec 2022 pourrait ne pas aller au-delà du choc initial. Dans le cas contraire, un cycle d'inflation énergétique prolongé, similaire à celui de 2022, ne peut être exclu.